Alchimie
Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Alchimie - De la matière à l’esprit, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Philippe Laurent, psychologue clinicien et neuropsychologue.

L’Alchimie comme voie de transformation spirituelle

Tout comme sa contrepartie physique, l’alchimie dite spirituelle ne peut se réduire à une somme de recettes ou de techniques. Bien sûr, certains procédés peuvent aider à entrer sur la voie, et le chercheur, surtout débutant, aurait bien tort de dédaigner ce que les Anciens nous ont légué à ce sujet. Néanmoins la démarche consiste essentiellement en un changement de point de vue qui, graduellement, transforme de fond en comble notre rapport au monde et aux autres. Et pour changer, il faut d’abord…accepter de changer. Il faut donc abandonner tout ou partie au moins de notre « quant-à-soi », de cette accumulation de fausses certitudes qui tisse la trame souvent inextricable de cette créature envahissante que l’on nomme ego. Or le moi, l’ego, n’est pas un ennemi venu de l’extérieur qu’il faudrait combattre, mais bien notre propre création, qu’il convient de déconstruire progressivement et patiemment. Et ce n’est pas chose aisée, loin s’en faut.

Les anciennes gravures alchimiques représentent souvent un chevalier armé de glaive, qui combat un dragon ailé crachant des flammes. Or ce dragon généralement près de l’entrée d’une grotte ou d’une caverne, et ce n’est pas un hasard. Cet antre infra-terrestre n’est autre que le tréfonds de notre personnalité, que l’on peut plus ou mois assimiler à notre inconscient, mais dans un sens plus large que son acceptation psychanalytique. Ce lieu intime, secret parmi tous, renferme à la fois les représentations souvent conflictuelles, voire douloureuses, de notre existence, et les pulsions, mouvements énergétiques liés à notre force vitale ayant leurs propres lois et leurs propres exigences. Exigences souvent en contradictions avec ce que nous imposent l’éducation et les règles sociales. Entre céder à ces pulsions de façon aveugle et désordonnée, d’une part, et les réfréner systématiquement au nom d’une loi rigide et inadaptée d’autre part, se trouve le moyen terme, celui de l’initié, celui de l’alchimiste. Ce dernier va « dompter le dragon » en dirigeant son énergie dans le sens du Bien et du Vrai.

La chenille qui devient chrysalide puis papillon effectue sa métamorphose en obéissant à une nécessité impérieuse: pas de l’état d’animal rampant à celui de créature volante, céleste. Autrement dit, elle gagne une dimension supplémentaire en passant du plan au volume, de la matière à l’espace. Elle n’abandonne pas sa nature primordiale , mais se répand et participe à ce qui la dépasse, « au plus grand que moi ». Pour l’homme et la femme en quête spirituelle, ce travail consiste à passer du moi (ego) au Soi (la nature transcendante de son être). On aurait tort de ne voir là qu’une abstraction philosophique ou symbolique. D’éminents chercheurs ont appliqué ce processus au champ traditionnellement dévolu à la psychologie, dont le psychiatre suisse Karl Gustav Jung, auteur d’oeuvre considérable encore injustement méconnue, voire décriée. Il a été pourtant l’un des très rares à établir un pont solide et argumenté entre psychologie clinique et spiritualité, en replaçant l’esprit et la transcendance au coeur même du processus psychique. Car pour lui comme pour d’autres la psychologie est bien la « science de l’âme », comme l’a bien montré dès ses débuts l’étymologie même du terme.

- Fin de l'extrait -

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