Jules Hermann - Les révélations du grand océan
Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Les révélations du grand océan, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Jules Hermann.

LES RÉVÉLATIONS DU GRAND OCÉAN

Les destinées de la science des langues humaines sont considérables. Étudier les langues, les comparer, les approfondir, c’est se heurter a tous les problèmes que soulève l’ethnologie, avec les complications du mélange des races ; c’est entrevoir dans le passé les mystérieux contacts de l’humanité ; c’est découvrir l’histoire préhistorique qu’à défaut de traditions écrites et de monuments, l’observation géologique et anthropologique peut seule reconstituer.

Certes, le travail est ardu, et tellement ardu que le grand linguiste Whitney, après avoir merveilleusement observé et profondément médité, laissait échapper le cri de son âme désespérée, et déclarait que jamais sa science, avec les difficultés auxquelles elle se heurte, ne pourrait reconstituer les origines et les ramifications des races humaines. « Des langues complètement différentes sont parlées, dit-il, par des peuples que l’ethnologie ne sépare pas, et les langues de la même famille sont parlées par des peuples complètement étrangers les uns aux autres. »

Aussi l’ignorance profonde ou nous sommes encore de tout ce qui se rattache aux parlers hors d’Europe est-elle cause de ce qu’une pensée aussi décourageante soit survenue au penseur ! N’a-t-il pas fallu d’ailleurs, à la savante Europe, au moins dix-neuf siècles de notre ère pour découvrir, par l’étude comparée de ses langues, qu’elle procédait de la civilisation aryenne ? Et de ce qu’aujourd’hui, par un simple jeu d’esprit, nous ayons voulu approfondir la formation du parler créole, nous allons découvrir une autre source que l’arianisme, et nous nous sentirons aussitôt précipités dans un flot de découvertes sensationnelles qui nous feront croire que les vieilles civilisations, restées encore attachées aux bords du Grand Océan (soit mer des Indes et Pacifique à la fois), ont autrement, et mieux que nous, jugé du passé de la Terre.

Les langues propres à la race blanche, en effet, sont seules connues, seules enseignées dans les programmes du monde européen, et la race blanche pourtant ne semble pas être la première apparue sur la Terre, ni la premiere à y avoir partagé sa langue. Tout, au contraire, est à découvrir et à publier, de ce qui concerne l’Asie orientale, l’Afrique, les deux Amériques, l’Océanie, l’Australie, les contrées polaires ! Encore, comme au temps des Romains et du Moyen Âge, nous en sommes, pour connaître tout ce qu’il faut apprendre du passé, à nous nourrir de grec et de latin ! Nous n’allons pas au-delà ; nous ignorons même, du cercle méditerranéen, ce que furent la langue des Carthaginois, celle des Phéniciens, celle des anciens Égyptiens qui, vingt-cinq siècles en arrière, faisaient le périple de l’Afrique. Les tributs qui nous sont parvenus de l’hébreu et du sanscrit ne nous servent à rien ; tout ce bagage philologique remonte à quatre mille ans au plus, et l’homme, – s’il a été tertiaire, si l’anthropomorphe, suppose comme l’auteur possible des débris de cuisine ou autres retrouvés, ne se découvre point dans nos couches fossiles – parle sur la Terre depuis tout au moins un million d’années. Dans les Îles du Pacifique, certaines langues peuvent se retrouver dans l’état ou elles étaient il y a des cent mille ans, c’est-à-dire à l’époque ou ces îles ne s’étaient point écartées des continents.

Aussi, mon esquisse du modeste langage de l’île Bourbon va nous conduire bien loin. Le créole nous conduira au malgache, le malgache au malayopolynésien, ce dernier au dravidien de l’Inde et à toutes les langues agglutinantes des vieux continents ; et, devant cette dispersion des races et des langues à travers les continents et les océans, il nous faudra, pour retrouver leur ramification, entrevoir les faits géologiques de mondes disparus et apparus, soulever dès lors des hypotheses hardies qui séduiront ou blesseront.

Mais au moins, malgré notre course rapide dans les champs hypothétiques de la science, nous restera-t-il, comme point lumineux pouvant éclaircir bien des points obscurs de la linguistique, la formation du parler créole aux colonies, c’est-à-dire la transplantation du français aux antipodes de son lieu de cantonnement, une langue à flexions abandonnant sa syntaxe pour s’habiller d’une forme agglutinante, une langue de race noire se defigurant au point de greffer sur sa grammaire les termes et les racines d’une langue de race blanche, phénomène identique qui se produisit dans les passés lointains de l’humanité, dans la vieille Gaule et ailleurs, pour les modifications de forme et de racines lors des mélanges des races, au point de causer l’irréductibilité moderne pour Whitney et autres linguistes !

Et cette irréductibilité est, en effet, la pierre d’achoppement pour la triple distinction des races en jaune, blanche et noire, par la simple syntaxe du langage. La difficulté que la linguistique en éprouve fait multiplier à plaisir les raisons les plus discutables apportées par les ethnologues pour différencier l’espace humaine. Haeckel y voit même une raison pour assigner aux Méditerranéens diverses formes ancestrales : « Les langues parlées par les Basques et les Caucasiens, dit-il, sont absolument originales, et ne sauraient se rattacher ni aux langues sémitiques, ni aux langues indo-germaniques. Les langues des deux races méditerranéennes, des Sémites et des Indo-Germains, ne se laissent pas davantage ramener à une même langue primitive ; d’où il résulte que ces deux races ont dû se séparer de bonne heure ; par consequent, les Sémites et les Indo-Germains sont descendus de singes anthropoïdes différents ! »

Ces singes anthropoïdes ne sont pas encore retrouvés (le seront-ils jamais !...) malgré les fouilles actives de toute la géologie moderne et le désir ardent du transformisme allemand de les reconnaitre. La question reste donc pendante à bien des points de vue et mérite que nous signalions tous les points de vue restes obscurs dans les enseignements donnés par la formation des mondes, de leurs races et de leurs langues ; et notre devoir est de rechercher courageusement tous autres systèmes se cadrant mieux avec les données des sciences positives.

Hâtons-nous alors de raconter la formation du parler créole, avant qu’il disparaisse entièrement. Ici, nous saisirons le phénomène linguistique sur le fait. Des siècles ou des milliers d’années ne nous sépareront pas de l’époque, où la mutation, dans les radicaux ou la forme du langage, s’est produite. Et, s’il nous est permis de raisonner par analogie, nous nous persuaderons que les anthropomorphes, qui ont créé les langues originales dont parle Haeckel, n’étaient autrement constitues que les Français et les Malgaches qui ont fondé tout récemment le parler créole aux colonies.

CHAPITRE XI
LA DÉCOUVERTE D’UN ZODIAQUE À BOURBON NOUS RÉVÈLE LA RAMIFICATION DE LA CIVILISATION QUI EST PASSÉE SUR LE CONTINENT PALÉAUSTRAL AVEC CELLE DES ARIENS DE L’INDE, ET LES CHALDÉENS DE L’ARABIE ET DE L’ÉGYPTE. LA PAROLE EST AUX ASTRONOMES POUR LA DÉTERMINATION DE SON ÂGE.

Cette question des zodiaques n’a pris son importance en Europe que depuis l’expédition d’Égypte sous Bonaparte et grâce aux savants français qui en faisaient partie. Elle inspirait si peu d’intérêt précédemment que Diderot et d’Alembert, en faisant leur énorme compilation encyclopédique du XVIIIe siècle, en parlent incidemment et n’en citent aucun. Pourtant déjà en 1739 un astronome, l’abbé Pluche, avait énoncé timidement que leur création remontait au déluge (Histoire du ciel), antérieure à l’arrivée des Chaldéens en Égypte.

Ces zodiaques, legs pieux du sabéisme, avaient été des compagnons obligés de monuments sacrés ; ils étaient pour la plupart d’une antiquité sans histoire, comme ceux de Denderah et celui d’Esnah en Égypte, comme ceux de Salsette et autres en Inde, comme celui de la montagne St-Denis que nous découvrons ! On en avait également trouvé un peu partout aux ruines des autres vieilles contrées : Chine, Japon, Asie Mineure, Grèce, etc.

Et comme tout ce qui touche au graphisme astronomique, ces étranges figurations, généralement les mêmes partout, avaient frappe l’attention des grands penseurs de notre période révolutionnaire « qui ramenaient tout à la raison ».

Elles n’étaient point, suivant eux, de simples sujets d’ornementation, transmis de génération en génération ; elles étaient, au contraire, l’expression d’une science certaine et d’une connaissance profonde en astronomie ; elles provenaient d’une souche humaine, commune aux peuples qui les possédaient et tellement ancienne qu’il fallait remonter au-delà du deluge, pour en rétablir la ramification ! Et, depuis cette poussée d’opinion des novateurs du XVIIIe siècle, sublime vision d’une science née dans la préhistoire, la question n’a pas avancé. Et, malgré les merveilleuses découvertes que les fossiles, au XIXe siècle, ont apportées à l’archéologie, à la paléontologie et à l’anthropologie, elle n’a pas été reprise !

Combien devons-nous regretter que la science européenne soit restée indifférente à tout ce qui se découvre et est à découvrir hors d’Europe du long passé de l’homme sur la Terre. Pour tous ces vieux pays que la géologie nous montre au-dessus des eaux, quand l’Europe en était couverte, la tradition et la fable même, les ruines d’industrie, la pierre travaillée, mouvementée ou redressée, la montagne affouillée et gravée, les mers endiguées ou canalisées sont autant d’affirmations d’un vieux passé qui éveillent nos méditations et que l’Europe ne peut avoir.

C’est aux Chaldéens1, gens essentiellement astrologues et astronomes, qu’on attribue généralement la vulgarisation des zodiaques en Éthiopie ou Égypte et dans la Basse Asie.

Pour les contrées de Thèbes et de Memphis, rien au point de vue historique ne l’établit ; on sait qu’une race blanche, suivant toute apparence arabe et qu’on a cru berbère, y a prédominé de bonne heure sur la race noire d’Afrique. Hérodote, d’un autre côté, commence sa mémorable chronologie, par dire qu’au début, des prêtres adorateurs de huit dieux, puis d’autres de douze dieux (Sabéisme), vinrent établir leur domination sur la population égyptienne, mais sans énoncer de quelle race ils étaient ; la date qu’il donne ferait remonter cette domination à 19 500 ans.

  1. CHALDÉE, de Katady, à « qui on fait excuse, qu’on respecte ».

Et supposons qu’on put traverser à ce moment la mer Rouge à pied sec, ou que le détroit de Babelmandeb n’eut pas eu son envergure actuelle, comme son étymologie le fait penser1, l’Arabie Heureuse et l’Éthiopie auraient communiqué et la race arabe serait venue de l’Est et non du Nord-Ouest.

Pour la Basse Asie, c’est bien différent ; les Chaldéens ont laissé à Babylone les témoignages d’une science et d’une magnificence qui étonnent. Quand ils s’implantaient au milieu des Assyriens, ils n’étaient, suivant Isaïe2, qu’un peuple sans patrie, comme peuvent nous représenter aujourd’hui les Juifs ; et leur célèbre historien Bérose leur reconnaissait pourtant une chronologie remontant à 432 000 ans. Comme Abraham, le père des Juifs, ils se disaient descendants des Sabéens, adorateurs des astres, et provenaient par suite de ce puissant pays de Saba3 dont le faste existait encore au temps de Salomon, mais que nous ne pouvons plus reconnaître aujourd’hui tant il est réduit. Il n’est plus représente que par la petite terre de Yemen, située au nord de l’île Socotora4, au sud de l’Arabie Heureuse, sur les bords de l’infortunée mer des Indes, ou fut le Grand Continent austral, le Préaustral !

C’est là que toutes les terres se sont effondrées, écartées, émiettées depuis qu’un événement capital dans l’histoire du globe y a amené l’affaissement graduel du sol et l’écoulement des mers du Nord vers le Sud5.

L’humanité, qui a fait les grandes civilisations des pourtours de la mer des Indes n’a certainement pas eu conscience de la concomitance des grands bouleversements qui se sont produits au tertiaire et que la géologie peut suivre aujourd’hui merveilleusement. Aucune des nombreuses traditions qui s’y sont transmises ne peut nous le faire penser. Le déluge raconte à l’Orient de la mer Rouge chez les Juifs et les Chaldéens6 n’a pas été consigné chez les Égyptiens. Mais comment méconnaître ce que la raison nous fait de plus en plus entrevoir comme vrai ! La race aryenne se retrouve dans toute l’Europe et en Asie, et on ne sait d’où elle est partie !

Les Dupuy, les Volney et autres penseurs ont établi que nos vieilles religions avaient leur unique point de départ.

Une science nouvelle, la paléogéographie, vient d’établir qu’un continent austral immense a existé au secondaire et au tertiaire.

La roche travaillée à l’île Bourbon, fragment de ce grand continent, est l’œuvre d’une humanité bien lointaine dont les anciennes civilisations de la Terre n’ont pas gardé le souvenir et pourtant le sabéisme a régné sur ce continent comme en Saba et en Égypte.

Et par la suite, voilà que la question zodiacale projette, sur le vieux passé soupçonné entrevu, mais non prouvé, la lumière ardemment désirée, l’apparition de la souche cherchée.

Il existe au pays de Said7, ancien royaume de Thèbes dans la Haute-Égypte, plusieurs zodiaques enfouis parfois sous les décombres de vieilles villes et datant, dit-on, de plus de 6 000 ans.

Les zodiaques ont eu leur grande célébrité au commencement du XIXe siècle. Je veux parler principalement des deux qui se trouvent au vieux temple de Denderah.

  1. BAB-EL-LABDER, de Am bava hely mandevo, « là, la petite ouverture effondrée ». Les parlers qui n’ont pas de v prononcent Bav’ hel’ mandeb’.
  2. Ce sont les observations de Volney que je relève ici.
  3. SABA vient de tsaba, signifiant « qui plonge ».
  4. SOCOTORA, de Sokatoro, « qui plonge en morceaux ». Étymologies révélatrices.
  5. Sujet traité dans mon livre IV.
  6. Hérodote parle de plusieurs déluges et fait remonter le déluge universel à 2 328 ans avant J.-C.
  7. SAID, de Saha hid, « la place des barrières », où le pays ne va pas plus loin, en raison des cataractes.
- Fin de l'extrait -

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