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Le pèlerinage à Compostelle : une quête spirituelle

Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Le pèlerinage à Compostelle : une quête spirituelle, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Michel Armangeaud.


Le pèlerinage à Compostelle :
une quête spirituelle

Le moment du départ est venu, le pèlerin pose ses pas sur le Camino qui le conduira jusqu’au terme de son voyage : Finisterre, via Compostelle. Le voyageur devra se faire accepter par le Chemin, il devra s’harmoniser avec lui, il devra se faire admettre. Nous appellerons « admission » cette interaction entre le pèlerin et le Chemin, entre l’homme et sa démarche intérieure. Les quatre temps qui servent de plan à notre réflexion ne doivent pas se concevoir suivant une chronologie, selon laquelle la séparation se résumerait à ce moment de rupture avec le quotidien pour faire le premier pas, où l’admission se vivrait dans les premières étapes, où la révélation se manifesterait en fin de voyage, pour se terminer par le retour.

Séparation, admission et révélation représentent le combat et le bien-être qui se côtoient et se mêlent tout au long du parcours. Certains vous diront que, physiquement, la première semaine est la plus dure, puis qu’ensuite, le corps s’adapte, s’habitue, et qu’on se trouve en pleine forme. Cette analyse est très éloignée de la réalité. Des pèlerins partis du Puy-en-Velay sont victimes de tendinites sur le plateau de Castille. Des pèlerins partis de Saint-Jean-Pied-de-Port commencent à avoir des ampoules en approchant de la Galice… Il n’y a pas de règle. C’est l’une des premières leçons du Camino.

1 – À l’écoute du corps.

La première épreuve que partagent les pèlerins se situe dans la chair. Bien rares sont ceux qui sont épargnés par les douleurs du pied, les tendinites ou encore les ampoules. Les premières douleurs nous mettent en garde, elles nous invitent au respect du corps, à la mesure, à la prudence. Le pèlerin enfanté par la société moderne est pressé : il a programmé son voyage, il s’est fait un plan de marche, il veut tenir ce programme ! Immergé dans le liquide amniotique de la société de consommation, il est imbibé de l’esprit de compétition. Quand il marche seul, il obéit à son rythme, mais qu’un pèlerin vienne à le dépasser, et le voilà qui accélère, qui s’accroche pour ne pas être « décramponné ». Qu’il aperçoive une silhouette devant lui, il va allonger le pas pour la rattraper … Mais le Camino a ses lois, qui sont conformes à la Loi ! L’esprit de compétition trouve ses limites dans la résistance physique. Le pèlerin qui est à l’écoute de son corps évitera les écueils, mais celui qui restera sourd aux premières alertes devra compenser ses erreurs. Bien souvent, le seul remède contre toutes ces douleurs, c’est le repos, c’est savoir ralentir, savoir doser ses efforts, être à l’écoute de son corps.

Le lecteur sera surpris de l’importance accordée aux douleurs physiques, mais un ouvrage sur le Chemin de Saint-Jacques ne peut occulter cette question. De quoi le pèlerin se soucie-t-il le plus ? De quoi parle-t-il très souvent ? De ses pieds ! Certaines thérapies, comme la réflexologie, utilisent la correspondance entre les pieds et la totalité du corps. Cette souffrance des pieds englobe symboliquement la contrepartie des erreurs de l’homme. Nous en trouvons l’empreinte dans de nombreuses traditions :la blessure au pied d’Œdipe, le serpent mordant le talon d’Eve, la vulnérabilité du talon d’Achille. La voie de la guérison est indiquée par Jacob tenant le pied de son frère Esaü à leur naissance. Cette guérison de l’humanité est annoncée par Jésus lavant les pieds de ses apôtres (Jn 13 14), avant de partager avec eux le dernier repas et de leur délivrer son testament spirituel qu’il termine par la prière sacerdotale.

Le pèlerin n’est pas un doux rêveur, il est confronté aux réalités, et bien souvent les douleurs de pied l’accompagnent jusqu’au terme du voyage. Mais ce qui est merveilleux, c’est la faculté qu’a l’homme de transcender la souffrance physique. En effet, nombreux sont ceux qui refont le pèlerinage à Saint-Jacques, en sachant ce qui les attend. Sont-ils masochistes ? Non, ils veulent goûter à nouveau aux mystères du Camino !

- Fin de l'extrait -