Lecture du mois

Questions philosophiques - Et vous, qu’en pensez-vous ?

Ce mois-ci, nous vous proposons de lire un extrait du livre Questions philosophiques - Et vous, qu’en pensez-vous ?, publié par la Diffusion Rosicrucienne. Il a été écrit par Serge Toussaint, Grand Maître de l'A.M.O.R.C.


Le karma peut-il être collectif ?

 

Rappelons tout d’abord ce qu’est le karma au regard des enseignements rosicruciens. D’une manière générale, il s’agit de la loi spirituelle selon laquelle toute pensée, toute parole et toute action de notre part s’inscrivent dans la Mémoire universelle et produisent tôt ou tard une réaction équivalente dans notre existence. C’est pourquoi on l’appelle également «loi de cause à effet» ou «loi de compensation». En vertu de cette loi à laquelle nul ne peut se soustraire, tout individu récolte ce qu’il sème, non seulement dans son existence en cours, mais également de vie en vie. Cela signifie que son destin est déterminé en grande partie par la manière dont il applique son libre arbitre, et ne résulte en aucun cas de décrets divins arbitraires, et encore moins du hasard. Il faut rappeler également que le karma est une loi, non pas punitive, mais évolutive. Autrement dit, son objectif n’est pas de nous punir pour nos erreurs de jugement et de comportement, mais de nous en faire prendre conscience et de contribuer ainsi à notre évolution spirituelle. Par ailleurs, cette loi ne génère pas que des épreuves ou des souffrances, comme on a trop tendance à le croire. C’est elle aussi qui est à l’origine de nos réussites et de nos bonheurs, ou encore de ce que l’on attribue à la chance, d’où l’intérêt d’agir en conséquence.

Étant donné que toute collectivité humaine est un ensemble plus ou moins grand d’individus, il existe un karma collectif pour chaque famille, chaque communauté, chaque ville, chaque pays, chaque continent et, d’intégration en intégration, pour toute l’humanité. De même, chaque religion, chaque organisation politique, économique, sociale ou autre, chaque branche de la science, des arts, etc., est sous l’influence d’un karma collectif qu’elle s’est créé elle-même au cours du temps. Pour des raisons évidentes, ce karma collectif peut être négatif ou positif, et se traduire par conséquent par des effets de même nature sur une échelle plus ou moins grande. À titre d’exemple, ce que l’on appelle «chômage» est un karma collectif qui résulte d’une mauvaise situation de l’économie à un moment donné, cette mauvaise situation étant due à des mauvais choix de société. C’est ainsi que tout individu, même si son karma personnel est plutôt positif, peut être victime malgré lui du chômage et en connaître les effets négatifs. De même, le climat de violence qui prévaut sur un plan mondial est le résultat d’une culture qui la favorise, et tout individu la subit directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment, même s’il est profondément non violent. Sur un plan plus subtil, chacun de nous est soumis également à l’influence des formes-pensées négatives et positives que les hommes génèrent en permanence sous l’effet de leur propre comportement, ce qui explique certaines impressions désagréables ou au contraire agréables que nous ressentons parfois malgré nous.

Comment expliquer les prophéties ? Ne sont-elles pas la négation du libre arbitre ?

 

Il est vrai que l’homme a le pouvoir de prophétiser, c’est-à-dire d’entrevoir l’avenir. Ce pouvoir est d’ailleurs depuis toujours au cœur de la littérature ésotérique, et l’on attribue le don de prophétie à la plupart des fondateurs de religions. Certes, les personnes capables de le manifester sont très peu nombreuses, mais la “prophétisation” fait partie des facultés qu’il est possible de développer dans le cadre d’une quête spirituelle. D’une manière générale, cette faculté consiste à s’harmoniser avec la Conscience cosmique dans le but de deviner, au sens le plus noble de ce terme. Lorsqu’une telle harmonisation est réussie, elle peut se traduire par des “visions d’avenir” concernant une personne en particulier, un groupe de personnes, un pays, voire toute l’humanité. Cela dit, il ne suffit pas de vouloir prophétiser pour y parvenir, même si nos intentions sont pures et si nous maîtrisons la technique à suivre. En effet, dans un domaine aussi transcendantal, il est bien évident que «l’homme propose, mais Dieu dispose». Indépendamment de nos aptitudes dans ce domaine, il faut donc que l’Omniscience divine juge utile et même nécessaire de nous inspirer des visions prophétiques. C’est pour- quoi les prophètes dignes de ce nom sont très rares et appartiennent généralement à des cercles d’Initiés.

Si le don de prophétie existe virtuellement en l’homme, c’est parce qu’il possède en lui l’influx de la Conscience cosmique, laquelle contient le futur de tout ce qui sera, de même qu’elle renferme le passé de tout ce qui a été. S’il en est ainsi, c’est parce que le temps n’a aucune incidence sur elle et ne fait pas partie de ses attributs. Il s’applique uniquement au monde matériel et aux phénomènes qui lui sont propres. En raison de lois métaphysiques spécifiques au monde spirituel, la Conscience cosmique est le règne de l’intemporalité, de la simultanéité et de la permanence. Cela revient à dire que le futur s’y confond avec le passé, de sorte qu’elle évolue dans un éternel présent. En vertu de ce principe difficile à comprendre intellectuellement, ce que nous ferons dans l’avenir est déjà inscrit en elle, dès lors que nous le ferons réellement lorsque le moment sera venu. C’est précisément pour cette raison qu’une prophétie n’est vraie que si elle se réalise. Tant qu’elle ne s’est pas accomplie, elle n’est encore que virtuelle et constitue uniquement une possibilité d’avenir. Il ne faut donc pas être fataliste, car le destin de l’humanité, comme celui de tout être humain, n’est pas préétabli ; il est conditionné par la manière dont les hommes appliquent individuellement et collectivement leur libre arbitre. Dans le cas contraire, cela impliquerait que les choix qu’ils font quotidiennement n’ont aucune incidence sur leur devenir, ce qui est un non-sens absolu.

Étant donné qu’une prophétie n’implique pas la négation de notre libre arbitre, nous avons le pouvoir d’agir sur elle. Si elle se rapporte à des événements positifs, nous devons, non seulement visualiser qu’elle se réalise, mais également agir en conséquence sur le plan humain. Si elle correspond au contraire à des événements négatifs, nous devons tout faire pour la neutraliser par une visualisation et une action adéquates.

 

 

- Fin de l'extrait -